Les sept jours de l'homme

Roman de Abdel Hakim Kassem traduit de l'arabe par Edwige Lambert

 

 

A travers le regard tantôt émerveillé, conquis, curieux, interrogateur ou inquiet de Abdelaziz, enfant puis adolescent, on découvre des pans entiers de la vie campagnarde égyptienne, loin des bruits des cités surpeuplées. Le fils du vénérable Hagg Karim décrit la vie simple de gens simples. La préparation de la fête du mouled, l'année nouvelle, est un petit morceau d'anthologie. On y apprécie les bruissements de la vie, la chaleur des rencontres, les plaisirs sincères de la solidarité paysanne et même des effluves de sensualité. Le voyage des villageois à Tanta pour y apporter les offrandes traditionnelles au Sultan est un moment unique où les hommes et les femmes de toute la contrée ont l'occasion d'échanger leurs façons d'ensemencer, "de tracer leurs sillon, d'affronter les rigueurs du soleil, (...) leur manière de cuisiner, de traire, de protéger leurs petits du mauvais oeil".

Puis, c'est l'arrivée dans la Cité, "cet arbre enraciné dans la campagne", dont les habitants doivent penser que les paysans "sont nés pour être malmenés". Ville grouillante, dédaigneuse, condescendante. Pour Abdelaziz, c'est déjà un autre jour ! Un jour parmi les sept jours que compte la grande fête consacrée au Sultan. Jours de ripailles, de danses, de chants, d'offrandes qui ont fini par sortir le jeune Abdelaziz de ses gonds et lui faire rejeter en bloc ses pratiques rurales et à l'obliger quitter ce monde qui l'a bercé durant de longues années pour rejoindre les lumières d'Alexandrie. Il savait pourtant que la ville n'était pas que bonheur et qu'elle pouvait même être très féroce. Par moment, il s'est demandé si elle ne risquait pas de le transformer un jour, lui aussi, "en policier à la gueule de paysan, une matraque à la main et, à la bouche, des insultes avec l'accent du bourg"

Lorsqu'il se réveille, le monde de son enfance aura changé. C'est devant le lit de son père malade et gagné par la démence qu’Abdelaziz se rend compte qu'il a été injuste dans son jugement et qu'il n'a pas su voir que le monde de son père avait commencé à s'effriter bien plus tôt.

Fayçal Chehat

Africultures, n° 18