Equipe de Nuit

Roman traduit de l'arabe par Amina Rachid et Arlette Tadie

Le Caire, un soir de Nouvel An, des employés sont de garde dans une poste centrale. Pour eux, ce n'est qu'une soirée de routine. Les télégrammes sont manipulés avec précaution : «Telegram, madam !», «Happy New Year», « Je te connais bien, Leïla. Et ta belle allure me manque. Je demande à Allah, Dieu de la Kaaba,/De te pardonner et de pardonner à tout prisonnier,/Et de guérir tout malade/Celle au beau visage/Au bon cœur. /Toi la plus ravissante des roses/Et la plus admirable fleur dans ma vie ... » . Voici des contenus de télégrammes en bonne et due forme. Rien qu'à lire un de ces câbles confidentiels, on comprend l'émotion d'Am Bayoumi qui passe dans le bureau de poste sa dernière nuit avant de partir le lendemain à la retraite. Les télégrammes ont certainement une poésie bien à eux. Les ondes électromagnétiques, mine de rien, avaient un charme que les e-mails ont démodé. Stop(..)

Imbaba (toujours ce quartier sordide du Caire) encadre la vie de modestes fonctionnaires qui se ressemblent et s'assemblent tels Bouvard et Pécuchet. Nous les entrevoyons dans le chapitre ayant pour titre : Les deux amis. Détachable comme un fragment ou comme une brique du mur bancal, ce chapitre est une parenthèse insérée dans le lieu principal chargé de piles de paperasse et de tiroirs boiteux. Il nous mène à l'intérieur des maisons des employés. En famille ou en célibataires, les individus rompent à huis clos avec la routine.(...)

Mais il ne faut pas oublier que derrière l'objectif se trouve la sensibilité d'un écrivain qui est fils d'un employé des Postes à Tanta. Autodidacte, il apprend, adolescent, l'art de la tapisserie avant de devenir lui-même facteur de campagne, puis employé des Postes au Caire. En 1987, sa carrière prend un nouveau virage et il détient un poste de responsabilité aux éditions de l'Organisme général du livre. Tout cela pour dire qu'il possède une connaissance précise de la vie égyptienne. Qu'il détient les clés du secret de son essence. Ce savoir vécu, en s'ajoutant à ses nombreuses lectures, renforce la qualité de son écriture. Un alliage inattendu, solide, s'en vient réunir les contrastes en noir et blanc. (...)

En traduisant ce texte bref (il ne fait que 75 pages), mais d'une beauté poignante, saisissante, les deux traductrices ont accompli en tandem un travail artistique remarquable. Rien n'est omis de l'authenticité de l'original. Des notes en fin d'ouvrage apportent des précisions qui se situent très loin des banalités des « ndt » habituelles. La nuit porte conseil ...

SUZANNE AL-LAKKANI Al-AHRAM HEBDO, 6 mars 2001